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Charles et Lauriane se bougent pour une autre agriculture à la Ferme du Vieux Poirier 🌾

Cette année chez Fläks, notre bonne résolution c’est de mieux manger, et surtout, de t’aider à mieux manger ! Plus intelligent, plus responsable, moins polluant… plus Fläks quoi ! Et ce mois-ci, on est allés à la rencontre de Charles et Lauriane, les propriétaires de la Ferme du Vieux Poirier. C’est une micro-ferme installée en Alsace bossue qui propose depuis 5 ans plein de bonnes choses bio. Charles et Lauriane avancent de projet en projet pour leur ferme et se bougent pour les réaliser.

La Ferme du Vieux Poirier… pourquoi ce nom ?

Charles : la Ferme du Vieux Poirier, c’est le nom de notre entreprise, une entreprise agricole qui est née à la ferme de mes parents aux pieds des Vosges. Il y a un vieux poirier au milieu de la ferme – plus vieux que la ferme elle-même ! – et on a baptisée notre entreprise en référence. Et puis quand on s’est lancés dans la vente directe ici sur notre terrain, on a gardé le nom. On se voyait mal changer le nom de notre entreprise parce qu’on déménageait.

Lauriane : Oui en plus on avait déjà des clients qui nous connaissaient sous ce nom… c’est dur de changer quand t’es déjà installé. Et maintenant, on a planté des jeunes poiriers sur le terrain

Qu’est-ce qu’on trouve comme produits ici ?

Lauriane : actuellement, surtout de la viande. Les arbres fruitiers que nous avons planté ne sont pas encore en grosse production. On propose aussi à la vente des produits de collègues de la région qui travaillent bio : du miel, des fruits et légumes, des produits laitiers, des œufs… Tout cela c’est au magasin que nous tenons !

Charles : on élève des porcs et de la volaille en viande fraîche mais aussi en transformation. Je me suis formé en autodidacte dans les livres et j’ai fait une formation de charcutier. Aujourd’hui, ça nous permet de proposer une trentaine de charcuteries différentes, ce n’est pas rien ! Demain, ce sera des fruits et des légumes, on en proposera plus qu’aujourd’hui.

Comment vous-êtes devenus agriculteurs ?

Lauriane : après mes études de maths et d’informatique, je voulais du concret donc j’ai fait fait une spécialisation en gestion d’entreprise. Après plusieurs expériences, j’ai monté ma propre marque de cosmétiques que je vendais sur Internet à des professionnels en institut. Ça marchait plutôt bien mais ce n’était pas ce que je recherchais. J’avais de plus en plus de mal à vendre mes produits parce que ça n’avait rien à voir avec mon éthique.

Charles : moi je suis fils d’agriculteurs, j’ai fait des études en gestion agricole mais en sortant de l’école, j’ai travaillé à la mine. C’était un boulot alimentaire qui payait plutôt bien mais je me suis très vite rendu compte que le monde de la ferme me manquait. On a décidé que je m’installerai avec mon père pour faire tourner la ferme familiale aux pieds des Vosges. Bosser en famille ce n’est pas toujours évident…! On a préféré arrêter avant que que ça ne mette en péril les relations familiales (rires) !

Lauriane : et depuis, j’ai rejoint Charles dans ce projet de microferme éthique !

Comment l’aventure de la Ferme du Vieux Poirier a commencé ?

Lauriane : dans la ferme de mes parents, on a créé la Ferme du Vieux Poirier, une exploitation avec- une trentaine de cochons, environ 200 poulets et une bonne liste de clients, mais quand il a fallu partir, on avait plus de ferme ! On devait trouver rapidement quelque chose, ça faisait un petit bout de temps qu’on cherchait mais on ne voyait que des fermes hyper chères, des offres impayables et en ruine. On a eu de la chance de trouver dans notre village un bâtiment construit sur des terres agricoles qui s’est libéré et on a pu l’acheter.

Charles : il y avait des critères de base qui nous intéressaient comme le fait d’avoir un bâtiment au milieu du terrain pour pouvoir laisser sortir les animaux, un labo de transformation, un magasin… Ce n’était pas trop loin de petites villes, avec un peu de clientèle locale, on ne s’est pas retrouvés totalement perdus dans la campagne ! Les deux premières années, on a galéré. Au départ, t’as un projet mais quand tu t’installes, tu te rends compte qu’il y a des travaux, un chiffre d’affaires à faire, un crédit à payer… Il faut voir au plus urgent, c’est-à-dire les factures et le crédit. En plus, on était peut-être pas les mieux organisés au départ, ni les plus performants !

Lauriane : oui par exemple au début, on mettait 6h à découper un cochon, on se prenait pour les rois du monde ! Cinq ans plus tard, on met 45 minutes. Là, sur deux ans on a planté plus de mille arbres, 500m de verger en permaculture et 1km de haie brise-vent nourricière.

Vous avez été lauréats de Ferme d’Avenir. C’est quoi une ferme d’avenir ?

Lauriane : oui, on a gagné le concours Ferme d’Avenir Grand Est en 2015. C’est un concours par région qui récompense une ferme avec un projet innovant, reproductible, écologique … en résumé, quelque chose de nouveau. C’était ce qu’on propose au niveau de l’élevage. Ce concours, ça permet d’affirmer qu’on peut s’installer sur des micro-fermes, qu’on peut faire de l’élevage et le transformer. Notre modèle est tout à fait reproductible et on gagne un tout petit peu mieux notre vie que les autres paysans !  L’année d’après on a gagné un autre concours, “Arbre d’Avenir”, pour l’agroforesterie. Le but était de valoriser des paysans qui ont envie de planter des arbres. Là aussi, on a gagné et ça nous a permis de rajouter encore des choses au projet !

C’était quoi votre rêve avec la Ferme du Vieux Poirier ?

Charles : Notre rêve professionnel à deux, c’était clairement de pouvoir montrer qu’il est possible sur une petite ferme de nourrir sainement les familles autour de chez nous. On entend beaucoup parler d’autonomie. C’est beau, c’est bien. Mais ce qui est intéressant, c’est de pouvoir nourrir les gens autour de chez toi. C’est ça le vrai défi ! Que, sur une petite surface, tu puisses faire quelque chose d’écologique et nourrir les gens sainement.

Vous avez un projet d’écriture aussi ?

Lauriane : Depuis plus d’un an, pas mal de gens viennent nous voir. Ils veulent visiter, comprendre comment on fait. C’est génial mais c’est très énergivore pour nous. En rigolant, on s’est dit qu’il fallait un bouquin ! Et 15 jours après, on reçoit la lettre d’une maison d’édition qu’on adore et qui nous dit « on aime bien ce que vous faites, on vous suit depuis un petit bout de temps, est-ce que vous êtes partants pour écrire sur la microferme, l’agroécologie, ? » Clairement, tu ne peux pas dire non. On leur a proposé un sommaire, une intro, ça leur a plu et deux semaines plus tard on a signé le contrat. Maintenant on a 1 an pour l’écrire.

Charles : ce genre d’ouvrage aujourd’hui, c’est souvent des manuels magiques en mode « adoptez ma méthode, ça marche ! ». La réalité est bien différente : des erreurs, on en a fait plein et on va continuer à en faire. La méthode magique n’existe pas. Chaque lieu et chaque personne est différente. Faut piocher un peu partout et surtout parler des erreurs.

Comment vous vous voyez dans 10 ans ?

Lauriane : on aura pris un rythme de croisière ! On aura fini les travaux, le crédit sera fini…

Dans 10 ans, je me vois sur un petit banc au bord de l’étang à choper des écrevisses avec ma nacelle, Charles en train de préparer le barbecue derrière avec nos saucisses, tu chopes la pomme à l’arbre … peinards quoi !

Charles : ouais, dans 10 ans on aura terminé de rembourser l’emprunt. Parce que jusqu’à présent, il est allé dans les imprévus : l’inondation, le tracteur qui lâche… bref, dans le quotidien. L’imprévu c’est le quotidien ! On a à peu près réussi à maîtriser ce paramètre en un an, ça commence à aller, du coup dans 10 ans, on sera peinards !

Un conseil pour un(e) futur(e) agriculteur(trice) qui veut se lancer dans une ferme d’avenir ?

Lauriane : Il lui faudra des économies, des ressources ou de l’aide familiale à côté. Nous on aurait déjà arrêté. Les financements participatifs c’est cool, mais si tu dois en relancer un tous les deux ans parce que t’es dans la merde… Les gens ne peuvent pas tout le temps mettre la main à la poche. Ils le font déjà en achetant nos produits. C’est grâce à eux aussi qu’on vit. C’est un acte militant quand même : on est mal placé, le chemin est pourri… si tu viens chez nous c’est que tu en as envie, ce n’est pas un hasard !

Découvre l’interview super Fläks de Charles et Lauriane ici 👇

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