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Rencontre avec les co-fondateurs de la brasserie La Golaye 🍻

Renald et Mathieu sont brasseurs et co-fondateurs de la Golaye (“la gorgée” en patois vosgien), une brasserie artisanale vosgienne au caractère particulier…

 

Ça représente quoi pour vous la Golaye ?

Renald : C’est le projet d’une vie, un truc qu’on a monté de toutes pièces avec quelques amis. Aujourd’hui c’est presque mon unique activité permanente. Je suis brasseur amateur depuis longtemps. C’est une passion de fabriquer et de consommer de la bière. Avec des amis, on se questionnait sur l’idée de travailler pour et par soi-même, de ne pas dépendre d’une hiérarchie, de s’organiser par nous-même. L’idée avec La Golaye c’était de mettre en place et créer une structure à travers laquelle on pourrait vivre de notre travail indépendamment. Il y a aussi le retour au consommer local, au consommer mieux et au consommer moins. On a monté notre brasserie sous une société coopérative, un statut qui nous protège d’être un jour rachetés. Quand on s’arrêtera, on espère que quelqu’un prendra le relais mais ce ne seront pas nos descendants qui hériteront de tout ça. Ca ne fonctionne plus comme ça aujourd’hui.

Comment est né La Golaye ?

Mathieu : La Golaye est née en buvant de la bière ! Il est aussi né dans un lieu spécial, à l’Ecomusée de la Brasserie à Ville-sur-Illon (88) dans une ambiance collaborative et associative. C’est là-bas que nous avons appris à faire de la bière. Autrefois, c’était une brasserie, aujourd’hui elle est reconvertie en musée où ses membres fabriquent et font déguster leurs bières sur place. On a commencé par aider “les anciens” puis on a continué à brasser entre nous. D’abord 30L dans le garage du copain, puis 50 puis 80 puis 800… Aujourd’hui on brasse jusqu’à 3200L par mois avec l’objectif de passer à 6000 en janvier prochain grâce à l’achat d’un nouveau matériel.

Comment brassez-vous vos bières ?

Renald : Les anciens ont accepté de nous transmettre leur savoir-faire, leurs techniques et aujourd’hui, on propose nos bières en fonction de nos goûts. L’idée de départ, c’est quand même de faire un produit qu’on a envie de consommer nous-même. C’est plus facile de le vendre et d’en parler quand on l’apprécie soi-même ! Notre distribution se fait uniquement en circuit court : pas de grande distribution mais des cavistes, des bistrots, des restaurants, des boutiques, de la vente directe, des associations, tout ça presque uniquement sur les Vosges.

Mathieu : Nos bières sont fabriquées en fermentation basse et multi-palier. C’est un peu technique mais c’est ce qui fait notre spécificité, c’est ce qui apporte à La Golaye son petit plus, un produit plus fin en bouche au final. Après, pour faire une bonne bière, il faut d’abord des bonnes matières premières, du malt de qualité, du bon orge à la base, malté correctement et des houblons de qualité. Jusqu’à présent, on brassait avec du houblon qui venait d’un peu partout, maintenant on ne fait qu’avec du houblon alsacien. Les paysans alsaciens se décarcassent depuis 15 ou 20 ans pour réintroduire cette culture du houblon. Quand on est une structure qui prône l’organisation horizontale, les circuits courts, le développement local… on doit se l’appliquer à nous même en prenant le houblon au plus près.

Comment se passe la vie de famille quand on se lance dans un projet du genre ?

Renald : on est régulièrement absent et ça il faut que l’entourage y soit bien préparé. Mais notre entourage est sur la même longueur d’onde que nous. Certaines personnes pouvaient douter au départ, mais maintenant que ça marche, tout le monde nous soutient. Autrement, une semaine à la Golaye c’est 60h ! On essaye de réduire un peu le temps de travail, l’objectif c’est travailler pour nous-même … du coup faudrait ne pas trop s’auto-exploiter trop longtemps, au risque d’y laisser notre santé !

Quels seraient vos conseils pour un-e jeune brasseur-se ?

Renald : Il faut bosser tous les jours, avoir le nez sur internet, dans les bouquins, se remettre en question… La révolution brassicole artisanale a eu lieu il y a 70 ans environ aux États-Unis et on a pas mal de retard à rattraper.